Marc Villard
Marc Villard
Rights department

Le coup du sombrero
ISBN 2-84172-421-5, 2008, 128 pp.

« Avec Henri, on a posé nos pulls par terre pour faire des buts. Le soleil commence à décliner mais je vois bien l'autre enflé de Lambert qui grimace dans ses cages improvisées pendant qu'Henri nettoie ses crampons.
J'ai mes Puma rouges, aériennes, mon flottant à bandes blanches et la rage au cœur. Je vais lui enfiler des boulets, il verra rien, le mec. Je vais lui arracher la tête, le réduire en miettes, putain, j'ai horreur des nabots. C'est ça, enflé, ricane, ricane, mais tu vas pas ricaner longtemps.
Je me tiens comme Diego, buste en avant, bien campé sur les mollets, tout dans le bassin. Ondulation man, c'est myself. J'en ai rien à foutre de ses trois ans au Red Star, banlieusard de merde. Quand je dis sombrero, il répond qu'il préfère les chapeaux tyroliens. La tache absolue.
Quelle heure est-il ? Sept heures, ça commence à cailler. L'herbe se plie autour de nous et je distingue Nonoss au bord du terrain qui tire sur sa pipe comme un dément. On marche dans mon dos, c'est difficile de se concentrer dans le secteur.
— Allons, messieurs, c'est l'heure.
— De quoi ?
— Monsieur Lambert, monsieur Villard, au réfectoire comme tout le monde.
C'est Simone, l'infirmière des Mésanges.
— Mais qu'est-ce que je vois ! En short, à soixante-deux ans passés, et devant les pensionnaires. Allez, on rentre, et rangez-moi les déambulateurs.
Salope. Demain, j'irai vomir dans tes chaussons. »

Dans ce recueil dédié à Diego Maradona, Marc Villard, pardon, « le bourreau de Bagatelle », jubile à entrecroiser ses vrais-faux exploits, passés et futurs, et ceux de ses héros. Le lecteur jubile à le lire.

 

J'aurais voulu être un type bien
ISBN 2-84172-008-X, 1995, 160 pp., Trophée "813" de la nouvelle 1995

« Dur sur l'homme, sobre au sol, royal dans les airs », tel était Robert Jonquet, demi-centre de la grande équipe de Reims.
Telle est aussi l'écriture de Marc Villard, poète, nouvelliste et romancier dont on peut lire notamment les œuvres en Série noire et chez Rivages/Noir.
Il aborde ici un genre rare et périlleux : la nouvelle à caractère autobiographique, à travers une succession de clichés pris sur le vif – le vif du sujet bien entendu. Il en naît un personnage, l'auteur, un peu à la manière dont Woody Allen se met en scène.
Car ces nouvelles sont souvent drôles, voire burlesques – l'homme n'est pas de ceux qui ménagent leur personnage – et parfois aussi discrètement pathétiques.

Avec cette vivacité, cette acidité qui caractérisent celui dont on a dit qu'il maniait la plus belle plume du roman noir français.

 

Un jour je serai latin lover, Marc Villard

Un jour je serai latin lover
ISBN 2-84172-082-9, 1998, 168 pp.

Hier soir, pris d'une subite envie d'uriner, je décide de hisser la superstition au niveau de la performance esthétique. À savoir, si j'arrive à pisser sans souiller la lunette bleu ciel de mes toilettes, je me décroche une critique dans Le Courrier de Paimbœuf du lendemain. Mon jet, plutôt poussif en temps habituel, fuse, droit et volontaire, au centre de la cuvette. Et le miracle nimbe soudain ma modeste salle de bains d'une aura mystique : j'ai réussi. Ce matin, j'achète Le Courrier comme je le fais depuis dix ans et, là, amère déception. Pas une ligne. Rien, le néant.
Je tiens à signifier avec force à la rédaction de cet hebdomadaire : je suis déçu. Voire blessé. Car briser le rêve et les croyances d'un enfant de cinquante ans, c'est mal. Faites passer.

Dans le prolongement de J'aurais voulu être un type bien, Marc Villard continue de dire tout. Vous partagerez ici ses émois (immatures ?), ses mesquineries, ses frayeurs et ses improbables déterminations. Entre le burlesque du quotidien et le pathétique le plus discret surgit dans ces nouvelles un personnage qui nous parle en fin de compte de nous-mêmes.

 

Bonjour, je suis ton nouvel ami
ISBN 2-84172-164-7, 2001, 192 pp.

« L'été dernier, à Eyragues, lassé du soleil, de la piscine, de la tapenade, des saucisses au feu de bois et du pastis obligatoire, je me suis décidé à mettre un terme à ma vie. Par noyade. Á minuit, je suis descendu dans la salle de bain en étouffant mes pas. J'ai fermé la bonde du lavabo et j'ai laissé l'eau couler sur ma nuque, le nez dans la vasque. Comme je commençais à manquer d'air, Christine s'est pointée à la porte pour me lancer : Ñ Tu te laves les cheveux à minuit ! ça s'arrange vraiment pas. »

L'autoportrait à petites touches est un exercice d'équilibriste. Il exige d'alterner délicatement le raccourci et l'arrêt sur image. De trouver la distance juste, celle qui fait mouche et permet au personnage d'éclore.
Entre la vie familiale et le boulot, les souvenirs qui collent au cœur et les péripéties vaguement navrantes, Marc Villard promène un regard acéré. Sincère mais rusé. On ne sait plus si « je » est un autre. Un autre que « qui » ?

 

Elles sont folles de mon corps
ISBN 2-84172-236-8, 2003, 176 pp.

De temps en temps je me contemple dans la glace et je me trouve vraiment super. Des
fois, quand j'ai bobo à mon doigt, je redeviens l'enfant aux boucles blondes qui pleurnichait à cinq ans en réclamant sa maman. Veut-on vraiment voir disparaître une innocence de cette qualité ? Je pose la question à ceux qui régissent le monde car leur responsabilité est fortement engagée. Ils peuvent me joindre à : villard@forever.com

 

Souffrir à Saint-Germain-des-Prés
ISBN 2-84172-300-3, 2005, 136 pp.

« L'association des amis du livre et de la bibliothèque municipale de Laval organise un concours de nouvelles – un genre peu prisé dans notre pays qui compte pourtant de grands nouvellistes (Maupassant, Barbey d'Aurevilly, Alphonse Daudet, Marcel Aymé, Marc Villard). Pour participer à ce concours, il suffit d'adresser à la bibliothèque une nouvelle de vingt pages dactylographiées sur le thème du voyage avant le 11 septembre. »

Ceux qui croyaient tout savoir de Marc Villard devront déchanter : il faut aussi avoir lu ce nouveau recueil.


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