Sylvain Bouyer
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Les Troglodytes
ISBN 2-905158-53-0, 1991, 224 pp.

Anno Domini... L'aube se frotte aux remparts. De l'autre côté, les moniales se protègent du soleil et des troglodytes cachés dans la falaise, tandis qu'au large une bataille déchire les puissances européennes dont celle du pape (car le bougre a aussi des intérêts à défendre). Le diable lui même apparaît. Il investit le monastère, il sème le désordre, il fréquente les caves.
Mère Marie-Véronique des Anges et ses filles sauront-elles résister ? Ou bien sommes-nous à la veille de l'Armaggedon ? La clé de tous les problèmes ne se trouve-t-elle pas dans le passé, chez ces théoriciens du désordre qui vécurent dans l'abbaye et que le paradoxe n'effrayait guère ?
Ainsi : des États qui s'entre-dévorent, des rites eucharistiques, des anthropophages. La littérature n'en finit pas de se dévorer, prenant la forme du commentaire, mâchant à l'infini les os, les nerfs, la chair des textes antérieurs.

Les Troglodytes illustre ce traité de joyeux cannibalisme en parlant son langage le plus immédiat, la citation, qui glisse du pastiche au plagiat, de l'allusion au faux, de la parodie au dictionnaire.
Il en résulte un livre curieux, picaresque, tonitruant mais aussi d'une délicate érudition. Après La Pente et Quotidius, le même goût pour les figures du désordre.


 

La Pente
ISBN 2-905158-13-1, 1989, 304 pp.

Glacis :
1° - Talus incliné qui s'étend en avant d'une fortification.
2° - Surface d'érosion, en pente.
3° - Mince couche de couleur, transparente comme une glace, qu'on étend sur des couleurs déjà sèches pour en harmoniser les teintes et leur donner plus d'éclat.
Il n'est pas besoin d'en savoir davantage pour lire ce livre iconoclaste et primesautier dont le narrateur, un jeune artiste peintre, déambule, jouit et vocifère dans un monde marqué par le mensonge et l'effritement.
Il y croise, il y fréquente, avec une férocité sensuelle, les personnages qui l'habitent : Élodie, son modèle, et la présence ambiguë d'Audrey « entre distance et séduction » ; Autochtase, peintre et théoricien du
« minimum à rebours » ; Luigi, le directeur de choc d'une galerie d'art qu'il parcourt sur un mini-vélo...
Or ce monde plein de relief, le narrateur l'attaque à mesure qu'il le construit. Avec une lucidité terrible, il nous jette à la face noms, théories, concepts et codes, dans lesquels l'art contemporain, ses praticiens et ses chantres drapent leur impuissance.

Roman-tableau, roman existentiel, La Pente est un terrain jubilatoire de l'écriture ; l'auteur y passe de la polémique à la rêverie, de la trivialité à la préciosité dans la rigueur et le loufoque réconciliés.
Sylvain Bouyer ne désire pas que le mot « roman » figure ici pour désigner son livre. Tout bien pesé, pourtant, La pente est le premier roman de Sylvain Bouyer.


Quotidius,
ISBN 2-905158-33-6, 1990, 256 pp.

Le Havre. Extérieur jour.
Adeline embrasse Quotidius. Elle regagne Paris tandis qu'il embarque sur un immense paquebot – halé par des remorqueurs – pour y suivre le tournage du dernier film de Roland-Jean. Quel tournage ? Sur fond de décors antiques (livrés par erreur ?) se démènent légionnaires romains et gangsters en borsalino. Le cinéaste vocifère, Byzance l'actrice fait l'habilleuse, Chémir l'assistant galope, le cuisinier du bord cuisine. Qu'est devenu le petit cocker ? Deneuve est-elle à bord ? Ziyi'cek, l'homme-caméra, filme ce monde panique où Quotidius, journaliste lunaire, propose d'étranges interviews. Exceptionnelle apparition de Jésus-Christ. Une écriture de 24 mots/seconde conduit cette frénétique et vaine cavalcade, pour décrire au plus juste la vie contemporaine telle qu'elle nous est menée.
Ainsi, par le biais du cinéma, ce livre, second volet d'une entreprise qui commence avec La pente, s'efforce de mettre à nu le productivisme culturel de notre époque. Sylvain Bouyer y fait entendre une voix singulière, sarcastique et lyrique à la fois.
Dans une société placée sous le signe de la vitesse, où le temps se confond avec le mouvement, que deviennent, que sont devenus, déjà, la culture, la perception, l'histoire ? Elles sont devenues
« Quotidius », une certaine forme de l'anachronisme.


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